Ma dernière enquête

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Mon ami le commissaire,

Le fin Renard que je suis vous a coiffé au poteau sur cette enquête. Cette affaire de 2500 morts inexpliqués ou presque. Résolu, grâce à mon flair de détective. Le Cardinal va être content, lui qui s’inquiète tant pour ses fidèles. Lors de ma visite au Vatican, il s’est empressé de me recevoir. Il avait sur le dos cet imperméable si particulier qu’il porte toujours. Le Cardinal devrait vraiment songer à changer de style vestimentaire et de parfum.

Au début, cette affaire n’a eu aucun intérêt pour moi. Un livre fantôme tuant son lecteur un mois après son achat. Mais une enquête aussi médiatisée, pouvait me faire monter ma notoriété. Au Commencement de l’enquête, j’ai fait chou blanc avec les informations de chez eBay, me revoyant sur des serveurs fantômes. Si les acquisitions du bouquin ont été arrêtées sur internet, certaines personnes ont réussi à se procurer le fameux Coena Cypriani. Donc des ventes physiques ont eu lieu. J’ai donc décidé de me faire passer pour un acquéreur potentiel. Encore a-t-il fallu savoir ce que j’ai voulu acheter exactement pour débusquer le gros poisson. Je me suis rendu à la bibliothèque du Vatican pour m’informer sur le livre Coena Cypriani. Là, au lieu de m’envoyer un simple valet pour répondre à mes questions, Monsieur Le Cardinal en personne m’a reçu. Dans mon esprit le choix du livre n’était pas dû au hasard.

Mon hôte m’en a fait un résumé en insistant bien sur le déroulement de l’histoire et en précisant les détails quant à la parution de l’ouvrage. Comme s’il justifiait l’innocence du Vatican à travers le récit. Franchement, une prose représentant un banquet avec des personnages bibliques, pour soi-disant mieux mémoriser les figures Saintes. Une fois la fête finie, des convives tellement ivres qu’ils ne savent même plus où sont leurs affaires. On accuse de vol Achard par tirage au sort. Puis, on offre à tous les invités des vêtements neufs pour rentrer chez eux. Comme pour couvrir le massacre. Je trouve cette histoire un peu tirée par les cheveux autant que celle de notre livre tueur. Mais j’ai compris pourquoi ce livre a été considéré comme blasphématoire à son époque. Cette anecdote, tu la connais déjà, il t’a sorti les mêmes blablas.

Au bout de deux mois d’indic, de brisure de doigt, de mâchoire cassée et d’argent, j’ai enfin obtenu une adresse. Je me suis rendu dans le nord de l’Italie dans une vieille imprimerie à l’abandon à première vue. J’ai détecté des traces qui m’ont mené tout droit au sous-sol. Arrivé en bas, je me suis glissé derrière des machines où j’ai admiré le montage à la chaîne. Dans une combinaison unique, précise, des petites mains effectuent avec minutie le montage du livre Coena Cypriani. Plus je me suis avancé, plus l’assemblage m’a semblé complexe et singulier. Dans la pochette, tu trouveras les photos. J’ai patiemment attendu que le chef de ce trafic à l’imper doute et ces acolytes et sorte du bureau pour m’infiltrer à l’intérieur. D’après les affiches sur le mur, le plus gros des opérations s’est fait ici. J’ai découvert aussi une liste de noms dont certains ont été marqués en vert et d’autres en rouge : une sorte de livre de comptes. Des noms m’ont paru familiers. Après avoir tout photographié, j’ai filé à l’anglaise embarquant avec moi un exemplaire du livre.

Une fois chez moi, devant ce livre ouvert, tout a pris son sens, encore plus quand j’ai refermé le bouquin. Dire que j’ai dû me farcir tout un baratin sur l’histoire de Coena Cypriani, alors que tout réside dans sa confection. Nous avons affaire à une grosse arnaque : meurtre prémédité, chantage et aussi pour des raisons politique. Sur le livre de comptes, j’ai découvert à quoi les différentes couleurs servent. Les noms en rouge sont des paiements en une seule fois. Cela répond à des meurtres commandités. Car le versement est suivi d’un nom, correspondant à la liste de morts, ceux servis par les médias, et de plusieurs règlements en vert : le chantage. Une fois que le malheureux a reçu le bouquin, ils doivent garder le silence et se retrouvent dans une impasse. Payant l’espoir de recevoir un jour, un antidote qui n’existe pas. Pourquoi ne changent-ils pas l’appellation du livre ? Une signature peut-être ? La Coena Cypriani fait illusion au recueil « Le nom de la rose ». Un ouvrage injurieux envers la religion donnant la mort à ceux qu’ils l’ont lu. À la médiatisation de cette histoire, les plus peureux se sont retournés vers Dieu, dans l’espoir d’échapper à son châtiment. Et l’église qui a perdu en notoriété, à cause des affaires de pédophilie, a retrouvé la foi de leurs fidèles. Le livre tueur, il porte bien son nom.

Par ailleurs, je vous déconseille vivement de le lire. Lors de son ouverture, ce n’est pas la prose de Coena Cypriani que tout le monde attend. Mais un souffle de poison volatile qui emplira vos poumons. Et en refermant le bouquin, vous déclencherez un second mécanisme. Celui-ci entraîne la combustion instantanée du livre. Ainsi plus d’armes de crime, un travail d’orfèvre !

Le poison est celui d’un nouveau genre. Aucun laboratoire n’a réussi à détecter quoi que ce soit dans mon corps. Malheureusement pour moi.

J’ai mis mon nez de Renard dans cette dernière affaire, profitant des derniers jours qu’il me reste à vivre en bonne compagnie. Derrière la photo, vous trouverez l’adresse de l’imprimerie et toutes les preuves. Saluez pour moi, ce cher Cardinal, au moins je ne verrai plus son manteau si particulier au style douteux qui même sur photo jure dans le décor.

En toute amitié Renard.

P-S Cette enquête aura eu ma peau.

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