Mère indigne

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Je l’avoue sans complexe « Je suis une mère indigne ». S’il y a un livre sur cette terre s’intitulant « comment réduire ses rejetons aux silences », je l’achète sur le champ. Sauf si c’est encore un de ces livres pédagogiques sur l’éducation de mon enfant parfait.

 Avez vous déjà feuilleté un de ces ouvrages ? Pour moi, ils ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Ce genre de livre doit avoir une page d’avant-garde. Du style « Attention ! Parents de nature dépressifs s’abstenir » ou alors « À ne lire qu’en clinique et sous antidépresseurs ». 

 En même temps, leur bouquin donne envie. La couverture est toujours d’une couleur attrayante et pleine de promesses. Se présentant en tant que remède miracle. Encore mieux que de donner le sirop pour endormir les enfants. Je rappelle que ce sirop est à doser avec modération, selon les capacités du parent à supporter sa progéniture. Puis, on m’en parle tellement de ces bouquins. Surtout les autres mamans, comme l’objet à ne pas posséder. On les surnomme « Le malheur parental ». Évidemment, moi quand on me dit « non » je dis « oui », et vice-versa. Malgré leurs avertissements, sans lesquels je ne serais plus la même. Que parfois des parents finissent en clinique, accro au moral parent parfait. Franchement, cela me fait rire. C’est qu’un livre après tout. Ce n’est pas comme si j’allais me mettre à fumer, ou devenir alcoolique, ou pire droguée.

Aux courses, je me trouve par hasard dans le rayon librairie. Devant l’étagère, où s’inscrit en grosse lettres « Livre PÉDAGOGIQUE ». À écouter la télévision, cela peut résoudre des problèmes. Crois-moi, avec 6 enfants, des problèmes ce n’est pas ce qui manque. J’en choisis un de couverture rose avec une famille heureuse dessus, un petit 150 pages. En vente libre à la portée de tous, ce ne doit pas être si violent à lire. Vous me direz, les cigarettes et l’alcool sont en vente partout. Il y a même des magasins de chanvre à ce jour. Je le mets au fond du caddie bien caché tel un objet illégal, aller savoir pourquoi. 

Une fois encaissé, je fourre le produit illicite dans mon sac et le fais entrer clandestinement chez moi. Un soir de rare solitude, je commence la lecture, en faisant de grandes pauses entre chaque chapitre. Mon mental se flagelle d’auto-accusations avec le pot de Nutella et, mes choco-bon comme soutient. 3 mois, 150 pages et 6 kilos en plus, je le finis anéanti. 

Mes copines ont raison, la télé a tort, mais cela n’est pas nouveau. Je ne peux plus retourner en arrière. J’empeste la mère indigne à plein nez et mes enfants ressortent avec des pathologies, sans compter ceux que la génétique leur fournit gentiment.  

Le truc de ouf, je ne peux plus me retrouver dans des situations banales, sans vouloir appliquer les méthodes des psys. Mon être se trouve réglé sur maman parfaite. Vous voyez ses parents qui s’indignent quand vous hausser le ton sur votre enfant dans un magasin. Bien voilà, c’est moi ! L’horreur totale ! 

Dans ces livres, ils vous fournissent des méthodes d’éducation, style mode d’emploi chinois, avec des termes très complexes. Pour qu’au final, il soit impossible scientifiquement de reproduire la même chose. Mais pas grave, car on sait tous qu’au service après vente, les spécialistes vous diront que c’est vous le fautif. Exemple de Situation ; mon enfant de 2 ans braille au supermarché pour un jouet. Il se roule par terre. Vous devez en tant que parents attendre que votre chérubin ait fini de pleurer, dès l’instant où on empêche un petit de pleurer, on peut nuire à son développement personnel. Une fois, calmer, se mettre à sa hauteur et lui expliquer pourquoi il ne peut pas obtenir le jouet de ses rêves. Mais quand ça fait une heure que ton gosse se roule par terre, les passants vous regardent avec mépris. Mon fils tire sur sa couche pleine décréments puis l’étale par terre. 1re solution ; je tente une fuite vers un autre rayon. Mais le gérant du magasin ne retrouve, malgré que je fasse style, « c’est mon enfant, vous êtes sur ? ». Le gérant me demande de sortir, car la situation n’est plus possible. Aller lui préciser qu’on ne doit pas nuire à son développement personnel. Je vous le dis, ces individus-là n’ont pas de mômes ou alors, ils laissent leur progéniture au congélateur en attendant la mise au point de leurs projets. En gros, je sers de cobaye.

Pour n’avoir rien à me reprocher, je continue ce petit jeu pendant 4 mois. Résultat des courses, mes gamins sont les rois de la maison, car oui ils doivent faire leur propre expérience pour construire leur propre personnalité. Le point positif, mon mari se met au bricolage enfin, je suppose. Je vois la livraison d’un fauteuil en direction du garage et le câble de la box de la télé traverse le mur de la salle jusqu’à son atelier. Quant à moi, je finis par vivre à l’hôtel, après avoir servi de Cendrillon, je vous laisse le soin d’imaginer l’état de ma maison. Puis je termine dépressive en clinique après une semaine de désertion familiale. Le spécialiste appelle cela « le syndrome de la mère parfaite ». Me voilà en désintoxe.

De nouveau en piste, avec un retour aux sources en mode dictature. Je hurle plus fort que mes enfants pour leur dire d’arrêter et de fermer leurs claper. Je m’empiffre de sucrerie en cachette dans les toilettes, pour ne pas partager. Je les laisse avec leurs baby-sitters préférée, l’écran, plus d’heure par jour. Quand c’est possible, j’invente n’importe quelle punition, quitte à en créer une de toute pièce, pour les coucher plus tôt. Et bien sûr, si je fais une bêtise ce sont obligatoirement les enfants. Maintenant que je reprends le pouvoir, tout va pour le mieux. Finalement, être une mère indigne ce n’est pas si mal. Bien sûr, les somnifères et les antidépresseurs aident à voir la vie du bon côté et pour mieux harmoniser les choses, je partage ces petits bonheurs en famille.

Renard Séverine

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